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L’homme est au centre du travail de Roland Görgen (anthropocentrisme et anthropomorphisme), ou plutôt l’autre, l’autre homme (d’abord autrui), celui que l’on rencontre, qui survient à nous, qui surgit, aussi bien que celui que l’on devient ou que l’on attend…
Bestiaire (1997-2002) engage une réflexion autour de l’humanité de l’animal ou de l’animalité de l’homme, et un questionnement sur le corps et l’identité, la séparation.
Né le 17 Avril 1969 à Sarreguemines en Moselle, Roland Görgen a d’abord fait des études de sociologie, puis d’ethnologie à Strasbourg.
Son art a gardé l’empreinte de sa formation universitaire, aussi bien par ses thèmes ( Identité, Altérité, Hérédité,, Parenté … ) et ses motifs ( Masques, Mannequins, Animaux, Corps, Caryotypes … ), que par sa démarche qui privilégie des tâtonnements et des tentatives multiples, des essais et des approches successives d’une idée première, d’une hypothèse de départ, de choix personnels très connotés qu’il cherche à mettre en relief de la manière la plus pertinente.
Les photographies du Bestiaire laissent peser sur nous une nostalgie de l’enfance. Comme souvent avec la représentation d’animaux, il y a un « je ne sais quoi » d’enfantin qui nous attendrit.
Chez l’animal, nous regardons d’abord ce qui nous ressemble, ce qui nous rappelle à nous-mêmes. C’est le mimétisme de l’animal qui nous intéresse, ses postures humaines. Il nous émeut par sa ressemblance. S’il est très éloigné de nous, c’est aussi l’étonnement devant la différence, l’altérité la plus immédiate. Dans tous les cas voir, regarder, représenter l’animal, cela nous interroge, nous questionne sur nous-mêmes …
Quel est ce sentiment de solitude qui se dégage de cette série ?
Avec cette interrogation sur notre identité, sur l’humanité de l’animal, ou plutôt comme il le préfère justement peut-être sur l’animalité problématique de l’homme, c’est la perte, qui apparaît une première fois, d’un état de conscience attribué à l’enfance et à l’animal, à savoir, la perte d’une conscience immédiate et transparente, la perte de cette communauté de l’enfance, de cet âge d’or, de ce paradis perdu …
Pourtant le lien fusionnel a été rompu depuis longtemps.[…]
Reste ce sentiment de solitude, qui n’est pas seulement celui de cette perte, mais surtout un sentiment plus originel, plus essentiel, qui nous ramène à notre premier saut dans l’existence, à cette présence irrésiliable à l’être, au fait d’être, avant même le surgissement de l’altérité et de la transcendance, de notre conscience intentionnelle et de notre liberté …
Olivier AJAS
( extrait de “Nous faisions un rêve…“ - 2005 )
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